Après ses voyages en Europe et notamment à Paris, l'Empereur fut soucieux de moderniser son pays. Il avait relevé que le port de la barbe, vieille tradition russe, était un signe rétrograde par rapport aux européens.


Des ciseaux ramenés dans ses valises depuis la Hollande, lui donnent l'idée d'interdire par oukase le port de la barbe. Il officiait lui-même, aidés de ses bouffons et fit poster des barbiers professionnels aux portes de Moscou pour raser tous les arrivants.  Il fut lui-même un tsar sans barbe, conservant une moustache que les vieux croyants comparèrent aux moustaches d'un chat. 

 

En 1717, l'anglais John Perry écrivait :


"Les russes vouaient à leur barbe un respect quasi religieux : ils la peignaient et la lissaient en s'efforçant de ne pas en perdre un poil. Les prêtres les maintenaient dans cette coutume en donnant comme exemple les saints représentés barbus sur les icônes."


Plus tard un de ses compatriotes écrivit : 


" Les boyards en se séparant de leurs barbes ont rompu avec autant de préjugés que ces barbes comptaient de poils."

 

 

Portraits de notables
L'absence ostensible de barbe
témoigne de la nouvelle mode.

 

 

L'édit fut cependant très impopulaire dans tous les rangs de la société car cette barbe avait aussi une fonction très utile lors des grands hivers russes : elle protégeait des morsures du froid!

Quant au clergé il fut le plus virulent. Le Patriarche Joachim de Moscou blâmait ceux qui obéissaient au tsar car "ils défigurent la face que Dieu a donné aux fils d'Adam" et il les menaçait de la damnation éternelle car "cette abomination hérétique rend l'homme semblable au chien, au chat et au singe".
Dans son ensemble les hommes d'Eglise pensaient que "Se raser la barbe n'est pas seulement une horreur et un déshonneur, mais également un péché mortel! [...] Jésus et les siens étaient tous barbus!"
Pierre se reprend et publie un rectificatif, interdisant toujours le port de la barbe sauf aux membres du clergé!

 

 

Un barbier coupant une barbe sur les 
ordres de Pierre le Grand

Gravure populaire russe du XVIIIe siècle.

 

 

Les récalcitrants "pour conserver une ressemblance avec le Créateur", doivent s'acquitter par an d'une taxe proportionnelle à leur rang social :

  • 100 roubles pour les nobles et les hauts fonctionnaires
  • 60 roubles pour les courtisans et commerçants
  • 30 roubles pour laquais et cochers
  • 1/2 kopeck à l'entrée et à la sortie de chaque ville pour les paysans.

En guise de quittance, ils recevaient un jeton de bronze qui servit également de monnaie d'échange. L'inscription annonce : " La taxe a été perçue" ("Dengi vziaty"), et l'image représente une barbe. Parfois apparaît la devise : "La barbe est un fardeau inutile".

 

 

Des pièces dorées (à la place du bronze traditionnel) 
étaient souvent utilisées par les riches négociants 
qui ont désiré embellir leur preuve d'impôt payé 

et se distinguer des autres couches sociales.

 

 

Les résistants au barbier étaient tenus de porter sur eux les jetons et de les présenter à chaque réquisition. Le jeton était à renouveler chaque année. Mais par la suite beaucoup de nobles et de commerçants trouvant la charge trop lourde, finissent par se raser. Les plus récalcitrants étaient les gens du peuple. Ils payent leur écot et demeurent persuadés qu'ainsi ils sont de "vrais mâles et de vrais chrétiens".

 

 

Dessin du peintre Nesterov (XIXe siècle)
représentant Pierre le Grand coupant lui-même les barbes des boyards.

 

 

A un vieux charpentier qui venait de sortir de chez le barbier, on fit la remarque : 
" Qu'as-tu fais de la barbe?
- Elle est là!"
Et de sortir de dessous son manteau une énorme touffe de  poils.
" Je la conserverai soigneusement et pour le jour de ma mort, j'ordonnerais qu'on la place devant moi lorsque je serai allongé dans mon cercueil. Et c'est ainsi que je me présenterai au jugement dernier."

 

* Des oukases obligeaient ceux qui pouvaient se permettre la dépense de s'acheter un habit "étranger" : français, hongrois ou allemand!Le tsar expliquait : "Avec vos manches larges, il vous arrive toujours des malheurs : tantôt elles trempent dans la soupe, tantôt elles fracassent les verres."

 

 

BORODOVYJE SNAKI

 

 

 

 

Mention :
La taxe a été perçue

 

La référence de l'Etat
Aigle Bicéphale

 

 

Représentation :
Nez, moustaches,
lèvres, barbe

 

 

Avers d'une pièce
à l'estampage décalé

 

Revers

 

 

KOPECK 1705
avec un poinçon- Avers

 

KOPECK 1705
Revers

 

 

KOPECK 1705
Bronze-  Avers

 

KOPECK 1705
Revers

 

KOPECK 1705
Avers avec un poinçon

 

 

KOPECK 1705
Avers avec un poinçon

 

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